mardi 15 mai 2012

Mon ami

J'ai hésité a publier ce texte, mais il me semble que c'est une manière de l'honorer, lui qui était un artiste, un créateur (et un lecteur de ce blog).

(à Thierry - le 09/05/2012)

Je viens d'apprendre ton départ
Tout est couleur de plomb

Tu as quitté ce jardin d'angoisses
Où le printemps n'arrivait pas
Une nuit profonde, peuplée de sifflements,
Intolérable

Nous voulions tant te retenir
Tu nous étais indispensable
Humble et chaleureux

La musique coulait à flots dans tes veines
Ton saxo souffle puissant
Chant de liberté labouré dans les douleurs
Chant joyeux tissé aux profondeurs

L'aube tarde encore
Les larmes de ce jour fondent sur toute la terre
Je ne les retiens pas

Dès qu'un rayon perce
Elles étincellent de ton sourire
Il y a toujours un rayon qui perce

L'amour que tu as tant aimé ne te fera pas défaut, dans l'autre pays


et après

Ah, Thierry
Symphonie inachevée
Tu aurais pu composer un bouquet de fleurs de saxo au soleil rasant
De cette herbe qui court devant notre voiture
Et je suis seul à le voir ce soir, revenant de ton départ
Alors,
Je peindrai sans relâche
Je peindrai de mémoire avec toi
Je peindrai avec des mots, les seuls outils que je connaisse un peu
Je ne veux plus jouer à l'abri des vagues
Je veux jouer comme un enfant, avec un sérieux de mort
Et une légèreté de chat
Je peindrai avec les tâches de vin qui sont toujours dans mes tripes,
et mon coeur
Je peindrai avec des griffes de velours
Avec la joie des profondeurs
Là où le noir est aussi une couleur
Je peindrai pour l'inconnu
Dont le mystère sourd en creusant la matière
A la pointe immobile du souffle d'une parole
Je peindrai de mémoire avec toi





lundi 14 mai 2012

Quand tu étais éteint

Ajout : petite mise en musique
Cliquer sur la flèche : 

Éteint
Tu ne pouvais plus soulever les jupes du monde
Interroger les sourires qu'on ne voit pas
Casser les silex pour leur voler le feu

Comme une voile percée ne prend plus le vent

Comme maman âgée
Démunie devant la mince armure d'une boîte de conserve

Il a fallu accepter ;
Accueillir quelques gouttes de pluie,
Lunettes en pierres de ciel pour tes yeux fatigués

Tu t'habitues à la pénombre 

Aux lueurs étonnantes qui se font deviner 
Aux murs d'enceintes
Aux mystères tels qu'ils s'offrent

Les saluer
Les écouter
Te réjouir simplement, te réjouir en eux


Ta faiblesse est ta force











samedi 12 mai 2012

Il faut descendre encore plus bas

Ajout : petite mise en musique
Cliquer sur la flèche : 

Il faut descendre encore plus bas
Envol de trilles
Dans l'encre noire de l'aveugle espérance
Je suis cet oiseau en hiver
Le souffle court au démarrage
Deux ressorts neufs dans les artères
La sève qui met du temps à remonter
Mémoire
La courte étreinte d'un boa
Que cela passe
Ailleurs
Hors ma maison

Et ma page se recouvre de neige
Innocente et vide
Les mots sous avalanche ne jouent plus au silence
Alors jaillit le chant d'une autre couleur
Vers un soleil lentement élevé sur mon pays de crachin







samedi 5 mai 2012

10 ans, 10 jours

Ajout : petite mise en musique
Cliquer sur la flèche : 

Par touches de douceur
La chaleur échappée au vent frais des nuages
Déclare le printemps


Il y a dix ans et dix jours
J'ai tourne la tête au vin
Jamais plus l'inverse


Mes printemps ont tous même enfance
Aux multiples chemins


Chemins de montagne aux vents acérés


Chemins de forêts à la chevelure d'humus
et aux trilles joyeuses


Chemins des gouffres morts, des sirènes pourries,
Fasciné du vomi des rejets en chaînes


Chemin des mains tendues, des regards étendus,
Détendus


Un sourire les parcourt tous
Je ne les quitte pas


Quand je demande au vent "Qu'elle est ta meilleure nouvelle ?"
Tout étonné, j'entends "C'est toi"




vendredi 4 mai 2012

Photo François Clairambault - mars 2012
Ajout : petite mise en musique
Cliquer sur la flèche : 

Quand je regarde par l'infini
A la fenêtre du jardin
Les mots s'envolent
Comme barreaux d'une prison
Pour laisser place à la parole

Les clochettes du vent voisin
Font tinter les alpages








mercredi 2 mai 2012

Pour moi, la réponse est : la poésie ;
Sans aucun doute.
Mais,
Je n'ai pas bien saisi la question
Des grains de poussières en plein vol de soleil


Photo François Clairambault - Vincennes (avril 2011)

mardi 1 mai 2012

Larme de sel

Ajout : petite mise en musique
Cliquer sur la flèche : 

En s'ouvrant au matin, tout petit dans la brume
Mon œil a récolté une larme de sel
Cueillie en eaux profondes

Fine fleur de neige apprivoisée

Cadeau brûlant,
Doux-amer
Pour voir différemment,
Aimer plus humblement

O
Si j’ai honte de mes encombrants
Si j’ai raté la benne du dernier lavement,
encore
Je suis ici
Sans haine
A recevoir le vent
Et jouer la musique
Que les printemps de feu ont gravé dans ma chair

J’ai compris que mon but est ton commencement








dimanche 22 avril 2012

L'adieu

Je  touche ta main trop froide,
Regarde ton visage, feu-follet pris en glace
Devenu le même que celui de tes sœurs
Dans le calme hivernal d’un cocon délaissé

Avant de lancer une fleur sur le bois
Je caresse ses flammèches jaunes
Pose mes lèvres sur la tige fraîchement tranchée, humide

J’ai lu mon petit mot
Pour honorer ta longue danse
Et te laisser partir

Il faut descendre en terre,
Sous le toit de ce fils tellement aimé,
Parti vingt ans plus tôt,

Et il faut se courber

Un homme au sourire buriné tend le bras
A ceux qui trébuchent au sortir du tombeau

Le soleil saute nuages et nous enveloppe d’une lueur baptismale




vendredi 30 mars 2012

Au matin dans le salon
Tu joues avec un prélude de Bach et une guitare
La porte baille sur le jardin en plein éveil

Tu entends alors les oiseaux intensifier leur chant
Comme s'ils t'acceptaient dans leur orchestre
   avec tes maladresses

Incrédule et curieux, tu arrêtes, puis reprends ton jeu
Eux aussi

Les étoiles, bien cachées dans l'azur, sourient malicieusement



jeudi 29 mars 2012

Oui,
Je vais jeter mes esquisses
Bribes de phrases
Mots débridés
Branchages en fleur a-cueillis au couteau d'émotions
Petites feuilles précieuses
Conservées en cahier
Conservées en serre dans l'espoir de lendemains inspirés
          où elles trouveraient place dans un chant


La vertu de la source est de couler sans cesse
Et, homme de petite vertu, la mienne est d'y puiser
Sans faire de provisions



Photo François Clairambault - février 2012

mercredi 28 mars 2012

Je te regarde avec mes yeux d'en haut
  Jeune femme enturbannée à la longue jupe de couleurs et aux deux sacs jaune fluo
  Homme de moyen age au crâne rasé qui fait les cent pas dans le square
  Et toi,
   et toi encore


Ne suis-je pas le centre du monde, la vigie haut perchée qui observe
  et qui cherche les traces d'un nouveau pays
  dans tous les sillages et les rides du temps ?


Lorsque tu m'abordes pour demander ton chemin, je descends d'un étage
Lorsque tu te livres en partage, je descends de deux


Quand j'ai rejoint la terre, mon regard peut monter


Lorsque je te veux du bien à tout prix, le descenseur a fonctionné


Je n'ai plus le vertige et nous pouvons causer





mardi 27 mars 2012

Peut-être que pour devenir poète, il faut ne plus l'être
Jeter son vêtement


Se laisser transpercer par le jour de la lumière
Et l'érosion des nuits,
  avec ou sans étoiles,
  avec ou sans orages


Le gel qui fend les yeux de pierre
Assure le passage
  du regard
  et du souffle




Photo François Clairambault - Quimper février 2012

jeudi 22 mars 2012

Transhumance


Fin de voyage
Après une heure de métro
Je reprends souffle
Sur la terre presque vague qui borde l’avenue

Mon ombre broute les pissenlits et leurs aigrettes,
Barbes à papa à demi dévorées
Semences frêles à l'assaut du cosmos

Dans l'écume des ciels
Sur la piste aux étoiles
Elles fécondent ma lune

Je rentre
Lourd-léger d'un chant à naître


mercredi 21 mars 2012

Derrière la tête de l'homme debout, le soleil levant pose une couronne d'or
Allumette enflammée sur la terre


Photo François Clairambault - mars 2012